fbpx

Interview de Pascal Tursan D’Espaignet

 

Le ténor Pascal Tursan d’Espaignet sera en concert le 6 septembre au Caudan Arts Centre. Ce chanteur d’origine Mauricienne établi à Paris sera accompagné au piano par Kenneth Babajie. Entre compositions italiennes et françaises, les deux passionnés revisiteront pour vous de grands classiques d’opéra.

 

1) Bienvenu Pascal ! Tu es de retour et tu seras bientôt à l’affiche au Caudan Arts Centre ce 6 septembre. Tout d’abord, comment te sens-tu ?

Il m’arrive d’éprouver une sorte de « bon stress », l’envie de bien faire, de ne pas décevoir. Le doute est humain et est même peut être nécessaire… Cette petite angoisse ou boule au ventre qui donne l’adrénaline…Côté voix, je suis rassuré car la voix est bien présente aujourd’hui. Il faut vous avouer qu’il y a à peine un peu plus d’une semaine, à la fin d’un stage de chant professionnel en France, j’avais une extinction de voix, et que ça avait laissé la place à une véritable angoisse que vous pouvez imaginer. Je suis en bonne forme vocale aujourd’hui… Et pourvu que ça dure !

 

2) Après Paris et les festivals d’opéras en Italie, tu te produiras bientôt “à domicile”. Cela va-t-il changer quelque chose pour toi ?

J’aurais tendance à dire que ça change quelque chose. Du fait que c’est mon pays, les gens me connaissent un peu plus. Le fait que je revienne de France etc. Je suis attendu…. Je dois peut-être encore plus surprendre qu’ailleurs, qu’en France. Je ne veux pas décevoir aussi car c’est mon île, là où tout a commencé…

 

3) Avec pas moins de deux représentations, il faut dire que Kenneth Babajie est un habitué du Caudan Arts Centre. T’a-t-il parlé de l’enceinte ? Comment se déroule cette collaboration ?

Kenneth m’a effectivement parlé de l’enceinte, et j’ai aussi personnellement ressenti les bonnes ondes positives qu’elle dégage lorsque je l’ai visitée récemment. Ça m’a d’ailleurs beaucoup rassuré pour le récital. Et l’équipe que j’ai rencontrée est vraiment très sympathique et dynamique… et ils m’ont tous permis de me sentir vraiment à l’aise. Kenneth et moi avons eu quelques séances de travail déjà et nous nous entendons très bien.

 

4)Trouves-tu difficile de t’écouter ?

À mes débuts certainement oui. Aujourd’hui je dois dire que non. C’est même aussi comme cela que je progresse mieux. Je m’enregistre régulièrement à des séances de travail et grâce à  la réécoute, je vois sur quoi retravailler, quoi améliorer… Les enregistrements ont fait que j’ai pu « modifier » ce que je n’aimais pas dans ma voix (de mes débuts), et qu’aujourd’hui je ne trouve plus difficile de m’écouter.

 

5) Tes débuts à l’opéra mentionnent plusieurs festivals italiens :  Verdi, Vérone, la ville de Puccini, voire Venise. À leur évocation, quels opéras marquants te viennent à l’esprit ?

Des premiers opéras que j’ai vécu, si je dois parler de ceux qui m’ont le plus marqué voire touché, je dirais peut-être Il Trovatore de Verdi aux arènes de Vérone, ou Tosca, ou encore Madama Butterfly à Torre del Lago Puccini en Toscane en Italie.

 

6) Lors de la représentation, tu offriras, ce que le Caudan Arts Centre promet être,  “un florilège de mélodies italiennes de Paolo Tosti et des airs d’opéras célèbres de Puccini, Verdi, Halevy et Bizet.” Ces artistes te tiennent-ils particulièrement à cœur ?

Halevy et Bizet ne font plus partie du programme (car il s’agissait d’un programme initial avec la participation d’une personne qui n’a pu être disponible finalement). Le présent programme inclura des œuvres de Gabriel Fauré, Henri Duparc, Francesco Paolo Tosti, Giuseppe Verdi, Francesco Cilea, et Giacomo Puccini. Donc des mélodies françaises qui correspondent à mes années à l’école Normale de Musique de Paris, en citant Fauré qui est quand même considéré comme le maître de la mélodie française, et Duparc comme celui qui a su réconcilier mélodie et parole. Pour ce qui est de l’opéra, Puccini et Verdi sont mes préférés, même si j’apprécie aussi beaucoup d’autres grands compositeurs que j’interprète avec beaucoup de plaisir. Puccini est le compositeur qui m’a « donné l’amour de l’opéra » à mon plus jeune âge. Je termine d’ailleurs mon programme avec une œuvre de Puccini, de l’opéra Tosca.

 

7) Est-il facile de construire un tel récital ?

Il s’agit de ma sœur Ariane qui s’est occupée de promouvoir l’événement à Maurice. De mon côté, j’ai du choisir parmi les œuvres de mon répertoire et ce n’était effectivement pas une mince affaire. Je voulais tout chanter. Je m’étais retrouvé un moment donné avec une panoplie d’airs d’opéra que je connais et que j’aime chanter. J’ai ensuite demandé des conseils auprès de deux personnes avec lesquelles je travaille le chant régulièrement, et ils m’ont indiqué que je pouvais faire un programme à partir des mélodies françaises et italiennes, pour terminer avec une petite sélection d’airs d’opéra. C’est ce que j’ai fait. J’avais établi le premier programme il y a quelques mois, une première liste à laquelle j’ai dû apporter quelques modifications par la suite. En gros, il s’agit d’un programme représentant mon évolution dans le chant lyrique, depuis mes années à l’école de musique à aujourd’hui.

Pour ce qui est de toute l’organisation du récital, je dois remercier particulièrement ma sœur Ariane et aussi toute l’équipe pour promouvoir l’événement derrière.

 

8) Tu as eu plusieurs guides durant ta carrière. Nous notons le ténor français Jean Bernard Thomas, lors de tes débuts à l’île Maurice. Aujourd’hui, tu t’entraînes avec le ténor américain Thomas Macfarlane et le baryton français Éric Demarteau, avec lequel tu travailles régulièrement depuis sept ans. Le rôle de mentor t’a déjà tenté ?

C’est avec Eric Demarteau que je travaille régulièrement depuis 7 ans. Je me suis inscrit il y a peu comme professeur de chant et j’ai eu quelques débutants à qui j’ai donné quelques cours de technique vocale. C’est donc effectivement un rôle qui pourrait m’intéresser d’avantage au fil du temps.

 

9) Le ténor lyrique, comment le perçois-tu dans le monde musical ?

Le ténor lyrique est un grand romantique.

Avec sa voix souple et solaire, c’est à lui que reviennent la plupart des grands rôles. Amoureuse, tendre, bienveillante, son âme se teinte des sentiments les plus doux. Le ténor lyrique est souvent un rêveur, un artiste. Ceux qui me connaissent savent que ce sont des adjectifs qui me caractérisent. À l’aise dans le médium, confortable dans l’aigu et le grave, le ténor lyrique donne de l’intensité aux personnages qu’il incarne. J’ai d’ailleurs tendance à préférer les rôles demandant une couleur plus sombre, plus dramatique. Dans le monde musical, le ténor lyrique est donc une voix généralement très appréciée, mais il faut avouer que les « places sont chères ». Selon ceux avec qui je travaille régulièrement, et qui voient l’évolution de ma voix, je tends à devenir un ténor lirico-spinto.

 

10) Que travailles-tu pour le futur ?

Je travaille plusieurs nouvelles mélodies italiennes, entre autres de Tosti que j’affectionne aujourd’hui particulièrement, et certains opéras tels que Yevgeny Onegin (Eugène Onegin) de Tchaïkovski, ou La Juive de Halévy. Avec l’évolution de ma voix, avec une couleur plus sombre, je souhaite grandir mon répertoire en ce sens pour pouvoir proposer ce type d’œuvres à un prochain récital. Je travaille aussi des chansons hébraïques car j’ai également un rôle de chantre dans les synagogues juives libérales. Je chante aussi dans une chorale juive avec laquelle j’assure aussi régulièrement des offices religieux. Nous avons les grandes fêtes, le Nouvel An juif et le jour des expiations Yom Kippour, jours solennels et importants durant lesquels nous allons chanter dès fin septembre. Voilà en gros pour le futur proche.

Comments

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *